Au coeur du Var se niche Montrieux le Hameau. Plus qu’un tiers-lieu, un mini village où dormir, se baigner, manger à la guinguette, participer à des activités, flâner dans le potager. Ici, hospitalité et agriculture sont les maîtres mots depuis le 12e siècle.

Montrieux le Hameau est niché dans un écrin de verdure de 12 hectares dans le petit village de Méounes-lès-Montrieux en Provence Verte. 12 semble être le nombre fétiche de ce lieu. En effet, au XIIe siècle, l’ordre des Chartreux se constitue avec des ermites qui vivaient déjà en ces terres. L’évêque de Marseille leur confie 500 hectares. La communauté assure la solitude par 3 cercles : le désert, la clôture, la cellule. 12 siècles plus tard, le leitmotiv de l’équipe est la triple ouverture : celle sur soi, sur l’autre, sur la nature. Ici, on se régénère soi et la nature.

Liberté – égalité – fraternité végétale

Montrieux signifie mont = montagne et rieu = rivière. En contrefort de la Sainte-Baume, le Hameau jouit d’une situation exceptionnelle pour cultiver plusieurs parcelles, exposées différemment mais qui bénéficient toujours de la précieuse eau à proximité.
L’agriculture a toujours été au centre de l’ordre des Chartreux. Leur truc, c’était surtout le pastoralisme. Mais pour être auto suffisant, le maraîchage faisait également partie de leurs activités. Au XIXe siècle, le Hameau a fait l’objet d’une ferme expérimentale.

Aujourd’hui, Jean-Michel, historien de l’agriculture, fait renaître le passé. Grâce à des actes de notaires et autres écrits, il a fait un travail énorme pour connaître les différentes façons de cultiver en polyculture dans le Var à l’époque, qu’on soit dans les terres comme à Méounes ou sur le littoral du côté de Hyères. D’un village à l’autre, d’un canton à l’autre, les modèles sont différents. Jean-Michel s’intéresse aux différentes associations que l’on faisaient. Par exemple à Méounes, le plus courant était de cultiver des amandiers avec des oliviers. A Hyères ou à Menton, les agrumes poussaient sous les oliviers. A Hyères spécifiquement, on associait également des artichauts avec les pêches de vigne. Le but était toujours – déjà à l’époque – que la plante puisse se développer sans ou avec peu d’eau.

Jean-Michel explique d’autres méthodes comme ces moines qui allaient dans les Landes pour ramasser des végétaux comme des buis ou de la bruyère, qu’ils enterraient dans le sol, où était plantée la vigne, séquestrant l’eau et la matière organique, des « éponges », pour faire un petit lit d’humidité, comme lorsqu’on met les billes d’argile dans nos plantes en pot. De même que l’astuce des légumes entre les pieds de vignes. La technique prend 4/5 ans. Le principe est de planter chaque année des légumes qui ont des racines plus longues. Par exemple, la première année, les plants de tomates vont puiser l’eau en surface, obligeant la vigne à creuser un peu plus bas. Puis mettre de la luzerne dont les racines sont plus longues pour que la vigne approfondisse les siennes. Ca parait être du bon sens, sauf que l’avènement de la monoculture et l’intensification de l’agriculture ne sont pas compatibles avec ces méthodes et elles sont un peu parties aux oubliettes.

Au Hameau de Montrieux, après des recherches historiques colossales, on remet en culture avec ces méthodes puis on observe comment cela fonctionne dans ce micro environnement. Le projet est mené avec l’INRAE écodéveloppement d’Avignon, expérimenté dans le Var. L’ambition est de l’étendre à l’échelle PACA puis nationale. Toutes les recherches seront stockées dans une base de données que chaque porteur.se de projet agricole pourra consulter et adapter à son terroir.
Au Hameau où le modèle est sociocratique, les équipes se sont réunies pendant 3 jours afin de choisir les arbres, les essences, les modes de plantation. Par la suite, des chantiers de plantation ont été organisés.
A venir, des lisières comestibles avec plein de baies qui seront la zone de contact entre la nature cultivée et naturelle.

Montrieux le Hameau, se régénérer le temps d’un séjour

Quand on séjourne au coeur de la nature, « idéal pour se reconnecter à soi et à la nature » vient assez souvent comme description. Je l’ai déjà écrit plusieurs fois, et c’était sincère. Toutefois, je ne l’avais jamais ressenti de cette manière.

Le Hameau est porté par un collectif de familles et amis qui ont investi financièrement. 100% des bénéfices sont réinjectés dans le projet et permettent par exemple d’accueillir des publics qui n’ont pas les moyens de partir en vacances. Au coeur du projet également, des salaires justes pour les équipes dans un secteur hôtellerie / restauration en crise et une gouvernance partagée. Le lieu a ouvert il y a un an. Chacun oeuvre pour rendre possible l’utopie d’un lieu à taille humaine, auto suffisant et ancré dans son territoire. Ca ne marche pas toujours, le fonctionnement est en ajustement perpétuel tant en interne que pour les visiteurs. C’est aussi ce modèle que l’on épouse en allant séjourner là-bas.

On se sent faire partie d’un tout. Chacun fait ce qu’il veut durant son séjour mais les temps d’échanges sont nombreux comme discuter pendant le repas autour d’un petit jeu, faire de l’aquarelle au bord de la rivière avec d’autres personnes qui séjournent ici, participer à la visite faite par Jean-Michel entre histoire et agriculture (très très recommandée. Les infos du premier paragraphe viennent de sa visite plus que passionnante).
Montrieux le Hameau se suffit à lui-même. En bas, en bord de rivière, se trouve la guinguette. On y cuisine des plats simples et créatifs avec des produits locaux voire même du potager. Boulodrome, chaises longues sont là pour l’avant ou après repas. Un peu plus haut, un premier potager et l’étang dans lequel on peut se baigner.
Au niveau de l’accueil, se trouve le bâtiment cascade dans lequel il y a plusieurs chambres (85 à 95€ la nuit sans petit dej) et la salle de petit déjeuner. La piscine est juste devant où l’on peut se poser à l’ombre du figuier.

Un peu plus haut, ma partie préférée. « Hameau » prend tout son sens. On se croirait dans un mini village médiéval. Le ruisseau coule, les vieilles pierres confèrent aux bâtiments, classés monuments historiques, toute leur splendeur, la chapelle assoit encore plus l’âme du lieu. On ne fait que traverser cette partie aujourd’hui mais les bâtiments sont en cours de rénovation. On parle d’un four dans lequel on pourrait faire du pain ou de la céramique; à suivre !

L’émerveillement continue avec le potager où se trouve également le cabanon du potager (140€ la nuit) et le bâtiment Eiffel avec sa salle de restaurant sublime qui sera investie prochainement et plusieurs chambres (120€ la nuit). La forêt au-dessus est hypnotisante. J’ai l’habitude de ces forêts varoises en Provence Verte, mais ici les conifères apportent une splendeur en plus. Evidemment, en été, en plus des odeurs de forêts, ruisseaux, il y a le chant des cigales.
On est loin de l’hôtel dortoir. Même s’il y a des belles choses à voir dans le coin (vous pouvez retrouver mes ptits conseils de visites dans le Var ici), je vous conseille de ne pas bouger d’ici pendant au moins 24h pour profiter pleinement de tous les espaces et de l’énergie qui s’en dégage.

 

Dans un objectif de sensibilisation à ce mode de gouvernance et à la nature qui nous entoure, Montrieux le Hameau accueille également des séminaires d’entreprises. Un centre de formation est en cours de création et des formateurs sont déjà accueillis comme le Parc Régional de la Sainte-Baume sur la thématique des murs en pierres sèches.
Bref, pour un séjour entre amis, en couple, avec son entreprise; le Hameau est l’endroit idéal pour être entouré de nature et de personnes partageant les mêmes valeurs.

Lieu de vie, le Hameau accueille tout le monde à la guinguette, pas que ceux qui dorment sur place, du jeudi au dimanche. Parmi les prochains rdv, les Journées du Patrimoine s’annoncent riche en émotions. Pour s’ancrer davantage dans le local, le Hameau invite toutes personnes ayant un souvenir ici (et ils sont très nombreux car beaucoup de varois y ont célébré des anniversaires, des mariages il y a quelques années) à les partager. Ce sera également l’occasion de faire une consultation citoyenne pour connaître les attentes des habitants, des associations envers le Hameau.
Le week-end du 30 septembre, c’est le festival Bim Bam Baume qui y fera sa première édition. Dj set électro, animations du love, brunch à la guinguette sont au programme.

Une belle utopie à vivre et à suivre !

Montrieux le Hameau à Méounes-les-Montrieux
Ouvert toute l’année 
Infos et réservations sur le site internet

Un grand merci à Justine & le Hameau pour la découverte et l’invitation <3

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2 commentaires

  1. En cherchant des infos sur ce lieu, je tombe sur ton magnifique article et je voulais te laisser un mot pour te dire combien j’aime les photos ! merci pour ce partage ensoleillé 🙂

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